L’Enseignant
Interview réalisée le 03 décembre 2008 par le Journal “Taiwan Francophone Journal”
Journaliste :
Noëlle, vous êtes professeur de Taichi Chuan et vous enseignez en ce moment à Taipei. Comment en êtes-vous arrivée à enseigner cet art ?
Noëlle :
J’ai pratiqué les arts martiaux dès mon adolescence en France. A l’âge de 15 ans, j’ai commencé l’étude du Ju-Jitsu (art de combat japonais à mains nues). Ensuite et pendant de nombreuses années, j’ai pratiqué le karaté style “Shito-Ryu” et je l’ai également enseigné aux enfants. J’ai dans le même temps enchaîné l’apprentissage du ninjitsu. Quand je suis arrivée à Taiwan, j’ai d’abord recherché une école de kung fu Shaolin. Cependant, un ami m’avait parlé de taichi et de son maître. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le taichi chuan et je me suis donc rendue, par curiosité, dans l’école de Maître Wang…
Maître Wang, bien que déjà souffrant à l’époque, m’a tout de suite fasciné. Il dégageait une force intérieure hors du commun. J’ai voulu chercher à comprendre d’où venait cette force et je me suis mise a étudier cet art assidûment, à raison de 6 à 8 heures par jour.
Journaliste :
Maître Wang est décédé le 04 mai 2008. Quels souvenirs gardez-vous de lui ?
Noëlle :
C’était un homme très généreux, très souriant. Il parlait peu. Son souci principal était de transmettre le Yangjia Michuan Taiji Quan (notre style), de former des enseignants partout dans le monde. Il a tout donné pour son art. Du simple débutant à l’élève avancé, il s’occupait de tout le monde avec le même désir d’enseigner. Il avait un très grand sens du respect. Il reste dans mon coeur à jamais, il me guide dans ma pratique et il est présent dans chacun de mes mouvements.
Il n’avait de cesse de répéter : “pratique et enseigne avec ton coeur”.
Journaliste :
Quel est le curriculum de votre style ?
Noëlle :
Notre style comprend l’étude de trois duans (trois enchaînements de mouvements), l’étude d’un enchaînement de l’éventail, de deux enchaînements d’épées, d’un enchaînement de la perche, du yongfa (application des mouvements, travail à deux), du tuishou (poussées des mains) et du neigong (méditation). Bien entendu, il n’est pas nécessaire d’étudier tout le curriculum, chacun décide, avec les conseils de son professeur, s’il désire étudier une partie du curriculum ou bien le curriculum complet.
Journaliste :
Que pensez-vous de la compétition ?
Noëlle :
Pour ma part, à 40 ans, j’aspire à une étude très approfondie du taichi Chuan, le travail de l’ interne, visant à améliorer la santé. Le “QI”, l’énergie vitale n’est pas chose aisée à maîtriser. Les effets du Taichi Chuan se font sentir très vite, dès le début de l’apprentissage, mais la maîtrise totale de cette essence nécessite de nombreuses années de pratique. Je n’encouragerai, ni ne découragerai personne à faire de la compétition, c’est un choix personnel qui se fait en fonction de nos besoins et envies du moment. J’ai fait beaucoup de compétitions en “kumite” (combat) karaté ou j’ai gagné un grand nombre de médailles et de coupes. Je ne regrette pas ce moment, cela m’a apporté des instants de joie intenses, mais aujourd’hui j’ai envie de passer à autre chose.
Journaliste :
Vous avez enseigné le Taichi Chuan pendant 4 ans à Taipei. Votre enseignement sera le même en France ?
Noëlle :
J’ai enseigné à des personnes taiwanaises, françaises et de toutes autres nationalités et de tous âges. L’enseignement que j’ai reçu est clair et précis et c’est celui-la que je transmets.
Je tiens à remercier d’ailleurs mes différents professeurs, tous arts martiaux confondus, qui m’ont guidés tout au long de ces nombreuses années d’apprentissage.
Merci à tous ceux qui m’ont accompagnés et qui sont toujours à mes côtés, à tous mes frères et soeurs de pratique.

